Nouvelle exposition

Du 16 janvier au 15 mars 2025

Affections diasporiques

Commissariat de Nicholas Dawson avec le collectif Phorie

Exposition présentée à la SBC galerie d'art contemporain

Rassemblant les œuvres des artistes Hamza Abouelouafaa, Gem Chang-Kue, Francisco-Fernando Granados, Poline Harbali et Laïla Mestari, Affections diasporiques donne à lire, à voir et à entendre les récits diasporiques comme des micro-récits en mouvements. Cette proposition commissariale, le fruit d’une collaboration entre l’écrivain Nicholas Dawson et le collectif Phorie, propose de penser les diasporas comme des espaces producteurs d’expériences affectives, des constellations mouvantes, instables, qui provoquent des transformations des sujets migrants et de leurs cultures – des diasporisations.

Artistes

Hamza Abouelouafaa
Gem Chang-Kue
Francisco-Fernando Granados
Poline Harbali
Laïla Mestari

« Las fronteras son siempre lugares que sangran. » 

Jorge Díaz et Johan Mijail,
Inflamadas de retórica.

Affections diasporiques n’est pas une fin. Fruit d’un geste curatorial et artistique collectif qui requestionne les frontières, cette exposition est ce qui advient du croisement de différentes trajectoires, là où coexistent des récits qui ne se produisent jamais seuls. C’est le propre des récits diasporiques; ils ne se donnent à lire, à voir et à entendre que lorsqu’ils peuvent être transformés, déplacés et réinventés par ce qui les entoure : des souvenirs, des voix, des matières, des luttes, des chants, des poèmes et autrui. C’est presque une condamnation. Les personnes diasporisées sont aux prises avec des histoires magnifiques ressassées à mesure qu’elles se déplacent dans l’histoire de leurs vies.

Cette exposition fait état de cette condition, de cette sensibilité qui nous rend désespérément réfractaires aux discours fossilisés et coagulés cherchant à contenir nos cultures, nos parcours et nos langues, à singulariser nos origines et à écarter nos émotions de tout combat et de toute pensée. Il arrive alors que nous ayons des réactions épidermiques à cette tendance de notre civilisation à tout séparer : nous retournons à nos vieilles histoires, ou plutôt nous retournons nos vieilles histoires pour retourner le monde sur lui-même, montrer que pour nous rien n’est immobile, que tout nous transporte. C’est une affection extraordinaire qui, depuis nos diasporas, transfigure nos récits.   ​​

Affections diasporiques est ma réponse à l’invitation du collectif Phorie (formé de Benoit Jodoin et Félix Chartré-Lefebvre) à me déplacer de ma zone de confort – la littérature – vers celle de l’exposition, afin de m’inspirer du travail des artistes pour poursuivre mon exploration des enjeux diasporiques amorcée en 2017 avec Vueltas. Dans ce vaste projet de recherche-création interdisciplinaire, les diasporas sont pensées comme des espaces producteurs d’expériences affectives, des constellations mouvantes, instables, qui provoquent des transformations des sujets migrants et de leurs cultures – des diasporisations.

Avec cette exposition, j’ai voulu imaginer un espace diasporique relationnel où les identités et les cultures se cristallisent en des micro-récits aux formes variées pour se rencontrer, se métamorphoser, célébrer l’opacité des langues et expérimenter les impasses de la traduction, tout en révélant les manières impérialistes, coloniales et sanglantes dont les nations tracent les frontières et relatent les parcours migratoires. Il s’agit de dépasser la simple question de l’immigration pour, en marge des récits dominants de l’histoire occidentale, explorer la complexité des narrations que produit une relation intime et affective aux diasporas. Les œuvres de Hamza Abouelouafaa, Gem Chang-Kue, Francisco-Fernando Granados, Poline Harbali et Laïla Mestari croisent ces trois notions – diaspora, récit, affect. En les rassemblant, nous invitons les visiteur·euses à apprécier de manière holistique les phénomènes que sont, entre autres, la mémoire, les migrations et les infinies transformations qu’elles encouragent. 

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Playlist

« Création de récits par la disposition dans l’espace d’œuvres elles-mêmes récits disposés en images-lumières-textures-sons : être commissaire c’est peut-être, au plus simple, me faire conteur d’une histoire façonnée des histoires des autres; ventriloque plutôt que chef d’orchestre, narrateur plutôt qu’auteur, DJ plutôt que compositeur. »
— Nicholas Dawson

Hamza Abouelouafaa

Historien de formation, Hamza Abouelouafaa est un photographe né à Marrakech, au Maroc, et établi à Montréal au début des années 90. Son parcours teinté par l’immigration et la mobilité sociale l’amène à explorer le territoire de l’identité avec l’intention de mettre en lumière des gens et des témoignages marginalisés. C’est par le portrait, pratique intimiste, qu’il suscite le dialogue et les confessions.

Photos : © Freddy Arciniegas - Arcpixel

Papa, 3lach jiti lhna (Papa, pourquoi es-tu venu ici?)
2024

Papa, 3lach jiti lhna (papa, pourquoi es-tu venu ici?) est une conversation enregistrée sur magnétophone entre l’artiste et son père, immigrant marocain de première génération. En darija, un dialecte arabe que l’artiste ponctue de français, ils abordent pour la première fois le parcours migratoire du père : départ précipité, sacrifices, échecs, et refus du retour au pays natal. Pourtant, face aux questions du fils, le père reste évasif, nourrissant le silence et les non-dits.

L’œuvre sonde les failles d’une transmission intergénérationnelle dans un contexte diasporique. Elle interroge comment la masculinité façonne la communication et les affects familiaux, quand omission et repli traduisent des traumas migratoires. En refusant les sous-titres et la traduction, l’œuvre souligne les distances – linguistiques, affectives et culturelles – au sein des relations diasporiques, oscillant entre réappropriation et quête d’intelligibilité.

Gem
Chang-Kue

Gem Chang-Kue réside à Vancouver, en Colombie-Britannique, sur le territoire traditionnel des Premières nations Musqueam, Squamish et Tsleil-Waututh. Ses intérêts créatifs et de recherche sont alimentés par le déplacement tissé dans l'histoire familiale multigénérationnelle de la migration de la Chine à l'Afrique du Sud et au Canada. À travers une pratique artistique multidisciplinaire, elle explore les thèmes de la migration, du lieu et de l'appartenance. Elle fait des recherches sur l'histoire coloniale et rend visibles des récits qui ont été marginalisés.

Gem Chang-Kue a récemment terminé un programme de maîtrise en beaux-arts à l'Université Concordia à Tiohtià:ke/Montréal, au Québec, où la nation Kanien'kehá:ka est reconnue comme la gardienne des terres et des eaux.

Photos : © Freddy Arciniegas - Arcpixel

The Weight of Stories
2025 (2022)

The Weight of Stories est une installation multimédia qui explore les migrations chinoises et les histoires coloniales. Trois projecteurs, posés sur des piles de livres, diffusent des vidéos sur de fines feuilles de porcelaine suspendues : des archives familiales retraçant une migration de la Chine à l'Afrique du Sud, puis au Canada; une vue du canal Lachine juxtaposée aux mains de l’artiste façonnant du kaolin; et un extrait où elle verse cette argile liquide sur sa tête avec un bol de porcelaine bleu et blanc.

L’œuvre met en relation le commerce colonial, tel celui de la porcelaine pour répondre à la demande européenne, et la participation des migrant·es chinois·es à des projets économiques majeurs, comme le chemin de fer canadien. Les livres servant d’appui aux projections créent une tension entre savoirs critiques et mémoire intime, invitant à réfléchir sur l’histoire fragmentaire des diasporas et l’héritage du travail migrant.

Francisco-Fernando
Granados

Francisco-Fernando Granados est né au Guatemala et vit à Toronto, sur le territoire de Dish With One Spoon. Depuis 2005, sa pratique retrace son mouvement de réfugié, au sens de la Convention, à citoyen critique, en pratiquant l'abstraction de manière spécifique et relationnelle afin de créer des projets remettant en question la stabilité des pratiques de reconnaissance. Son travail s'est développé à partir d'une formation formelle de peintre, d'un travail de performance dans des centres d’artistes auto-gérés, de l'étude de la théorie queer et féministe, et d'un activisme précoce en tant que travailleur de soutien par les pairs auprès des communautés d'immigrants et de réfugiés.

Photos : © Freddy Arciniegas - Arcpixel

studies in minor abstraction
2025

studies in minor abstraction est une installation composée de dessins, estampes, livres d’artiste, fanzines, objets trouvés, une correspondance multilingue de près d’un an avec le commissaire de l’exposition et d’autres écrits issus de l’atelier de l’artiste à Toronto/Tkaronto. Ces matériaux, transportés dans la valise de l’artiste lors de son dernier séjour montréalais, sont présentés sur une table modulaire telle une archive itinérante, provisoire et sujette à reconfiguration.

Le dialogue entre visuels et écrits traduit l’ambition de l’artiste de rapprocher l’abstraction visuelle et théorique. En abordant le dessin comme une forme d’écriture abstraite ou en réengageant des idées philosophiques à la lueur de ses expériences queer et de réfugié, l’artiste vise à déstabiliser la prétention universalisante associée à l’abstraction. Il interroge partout la hiérarchisation des différences – qu’il s’agisse de sexualité, de race, de statut migratoire ou même entre fond et forme. Cette multiplicité de documents sans classification nous invite ainsi à déjouer nos pratiques de reconnaissance et à entraîner notre imagination dans le refus de l'abstrait à avoir d’emblée un sens.

Poline
Harbali

D’origine française et syrienne, Poline Harbali vit à Montréal depuis 8 ans. Travaillant principalement avec de la matière d’archive, elle raconte des histoires d'amour et de liens intimes avec des formes et mediums variés. 

Son travail a été exposé à l’international et au Québec, notamment au Centre d’artistes VU (Québec), à la Stewart Hall Gallery (Pointe-Claire) et au Livart (Montréal), mais également au Musée Benaki (Athènes, Grèce), au centre d’artistes 104 (Paris, France) et au musée d’art contemporain Mattatoio (Rome, Italie).

Photos : © Freddy Arciniegas - Arcpixel

Pour toi
2023-2024

Pour toi retrace l’histoire d’amour des parents de l’artiste, un Syrien d’origine et une Française, à travers les territoires qu’ils ont traversés et les gestes qui ont remplacé l’absence d’une langue commune. Face à l’impossibilité de dire, ils ont forgé une relation à travers des activités partagées – se photographier, cuisiner, écouter de la musique, aménager un domicile –, inventant une manière singulière d’être l’un·e à l’autre, émancipée des rapports de domination linguistique.

L’installation, composée de tapisseries en laine, de portraits, d’objets et de traces d’échanges, évoque un parcours partant des paysages de Damas et de l’Auvergne vers un espace médian imaginaire suggérant un jardin. À travers ces images, l’œuvre lie la traversée géographique à l’intimité conjugale, transformant le territoire en un lieu d’amour et de création. Elle met en lumière les élans et les joies quotidiennes que la diaspora, malgré ses difficultés, rend possibles.

Laïla
Mestari

Laïla Mestari est une artiste née à Casablanca, au Maroc, et vivant à Montréal. Son travail avec les textiles, le dessin, la vidéo et les médias imprimés explore les notions d'hybridité culturelle/matérielle et de déracinement. Elle est titulaire d'une maîtrise en beaux-arts de la School of the Art Institute of Chicago (2023), où elle a reçu la bourse de mérite Joan Livingstone. Son travail a fait l'objet de nombreuses expositions locales et internationales et fait partie des collections permanentes du Musée national des Beaux-arts du Québec (MNBAQ) et du Musée d'art Contemporain de Montréal (MAC). En 2024, Mestari est finaliste du prix Pierre-Ayot.

Photos : © Freddy Arciniegas - Arcpixel

Opacity Dress
2024

Opacity Dress est une sculpture qui prend la forme d’un caftan, un vêtement traditionnel du Maghreb. L’artiste y explore des techniques de courtepointe et d’impression, tout en intégrant la vidéo au textile. Sa surface, riche en textures, motifs et images, reflète l’entrelacement de l’héritage nord-africain et de l’histoire personnelle de l’artiste.

Cette hybridité matérielle traduit une identité à la fois ancrée, fragmentée, complexe et mouvante. Inspirée du « droit à l’opacité » pensé par Édouard Glissant, la robe revendique l’impossibilité d’être comprise ou expliquée totalement. Contre les attentes occidentales de transparence ou d’assimilation, le vêtement se fait métaphore textile de l’identité diasporique : un tissu épais et rapiécé, affirmant un héritage pluriel en constante transformation et résistant au regard dominant.